Henry Bacon
Papalyon — pièce phare de l'atelier Henry Bacon
Démarche

Sublimer l'oublié, financer le reste.

Upcycling luxe et désobéissance commerciale : créer de nouveaux objets à partir de matières déjà présentes — une décroissance moderne.

Ce que je fabrique n'est pas neutre. Le geste, la matière, le prix : chacun renvoie à un choix. Voici lesquels, et pourquoi.

I. Le geste

Travailler avec ce qui existe déjà.

Le monde produit plus d'objets qu'il n'en a besoin. La matière la plus disponible aujourd'hui, c'est celle qui a déjà servi. Je glane, je démonte, je recompose. Le plastique en particulier — omniprésent, indésirable, presque impossible à éviter — devient une matière première à part entière : on ne le subit plus, on le réordonne.

L'ambition n'est pas de produire « propre » contre « sale ». C'est de produire moins, mieux, et de dire d'où ça vient.

II. Filiations

Je ne suis pas le premier à recoudre le monde.

Avant moi, des cultures entières ont fait de la pénurie une grammaire. Je m'y reconnais et je m'y inscris.

  • Rikimbili — vélo-moto cubain recomposé
    Cuba — années 1990

    Rikimbili

    Vélos-motos cubains assemblés à partir de cadres récupérés, de moteurs de pompe d'arrosage et de pièces glanées. Nés de la pénurie, ils sont devenus une culture de la débrouille mécanique : faire rouler avec ce qui existe, plutôt que d'attendre ce qui manque.

  • Objets domestiques cubains détournés — esprit de Technological Disobedience
    Ernesto Oroza — Cuba

    Désobéissance technologique

    Le designer et théoricien Ernesto Oroza a documenté pendant des années les objets nés du « período especial » cubain : appareils ouverts, détournés, remontés. Une preuve, en archive, qu'un objet n'a pas une seule vie ni une seule fonction — il a celles qu'on accepte de lui inventer.

  • Steel pan — tambour accordé issu d'un bidon de pétrole
    Trinité-et-Tobago

    Steel pan

    Le steel pan est né dans les années 1940 à partir de bidons de pétrole de 200 litres, martelés à la main jusqu'à devenir un instrument accordé. L'objet le plus chargé d'une époque — le baril — transformé en l'un des seuls instruments mélodiques inventés au XXᵉ siècle.

  • Scooter indonésien recomposé, esthétique Mad Max
    Indonésie

    Scooters recomposés

    À Java, des ateliers entiers étirent, soudent, rallongent des scooters jusqu'à en faire des engins improbables, post-apocalyptiques, presque mad-max. Une preuve par l'absurde que la matière disponible suffit, si l'on accepte de redessiner les règles.

III. Le modèle

Le luxe comme moyen, pas comme fin.

Aujourd'hui, je ne sais pas produire à 100 % aligné avec mes valeurs. Personne ne sait. Mais je peux choisir où je place la valeur économique : sur des pièces rares, longues, soignées, qui assument leur prix.

Chaque pièce vendue en finance d'autres : projets de recherche, expérimentations matière, ateliers de quartier, prototypes qui n'auraient aucune chance dans une logique de marché. C'est une subvention croisée, assumée. Le luxe paie ce que le luxe seul ne sait pas faire.

Acheter une pièce,
c'est déjà du mécénat.

IV. Réseau

Une matière, des mains, des lieux.

La matière arrive par un réseau : ressourceries, collectes, dons, ateliers voisins, trouvailles. Rien n'est neutre dans cette chaîne — chaque source raconte une histoire, et chaque pièce en garde la trace. À terme, l'idée est de fabriquer des objets uniquement à partir de matières recyclées et d'objets issus de ce réseau.

En parallèle, des projets plus modestes, collaboratifs, ouverts — tests, créations de quartier, pièces qui respectent à 100 % les valeurs sans avoir à passer par le marché du luxe. Les uns financent les autres.

V. La forme

Pourquoi ça ressemble à ça.

La forme n'est pas un habillage posé après coup : elle raconte d'où vient la matière. Les lignes restent sobres, les assemblages visibles, les traces de fabrication assumées — une pièce doit pouvoir dire comment elle a été faite.

Je cherche un équilibre entre la rigueur de l'ingénieur et la liberté de l'atelier : des géométries simples, souvent inspirées du vivant, dans lesquelles la couleur du plastique récupéré devient le seul ornement.

Écris ici ton propre texte sur l'esthétique et ses raisons.

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